Conversation avec Deborah Harkness

Les manuscrits Ashmole comprennent un bon nombre de textes alchimiques rares et l’un de ces manuscrits, l’Ashmole 782, est actuellement manquant. J’ai beaucoup utilisé les manuscrits Ashmole lors de mes recherches universitaires, et je me suis toujours demandée ce que celui-ci pouvait bien contenir…

Q : Vous faites, dans votre livre, de nombreuses références à des œuvres littéraires et à des auteurs historiques. Par exemple, on peut lire aux pages XXX un échange à base de citations des écrivains Ben Jonson et John Milton à propos du temps qui passe. Est-ce que ces références que vous avez insérées dans le roman ont une signification particulière pour vous ?

DH. Jonson et Milton sont deux auteurs que j’admire et apprécie, mais ces extraits n’avaient pas de signification particulière pour moi avant que j’écrive Le Livre perdu des sortilèges. Un bon roman nécessite un équilibre entre la tension et des éléments du quotidien, et je voulais que les livres et la littérature jouent ce rôle pour Diana et Matthew. Un peu de travail sur la littérature de la période étudiée par Diana m’a fourni les connaissances idoines à la rédaction de cette scène.

Le surnaturel

 

Q. De quoi vous êtes-vous inspirée pour le concept de congrégation et cette trinité de démons, sorcières et vampires ?

DH. Ces deux idées sont venues de mon désir d’imaginer les créatures extraordinaires dans notre monde contemporain. J’ai passé en revue les connaissances médiévales et antiques sur la création et l’organisation de l’univers, et j’ai été surprise par le nombre de théories et de croyances utilisant des principes basés sur les chiffres 3, 4 et 7. Quatre sortes de créatures – démons, humains, vampires et sorcières – ont très vite été au centre du roman, mais j’avais toujours un problème avec le fait que les humains vivaient entourés de créatures surnaturelles sans pour autant s’en rendre compte. La congrégation m’a permis de contourner ce problème puisque c’est une organisation qui a pour but de préserver et de protéger les démons, les vampires et les sorcières de la majorité de la population, qui est humaine.

Q. Depuis la publication du Dracula de Bram Stocker au XIXe siècle, jusqu’à l’actuelle saga Twilight de Stephenie Meyer, les vampires ont toujours fasciné les lecteurs. D’où vient cette attirance pour l’occulte dans les romans ? Ces histoires apportent-elle une liberté – aux auteurs et aux lecteurs – par rapport à la réalité ?

DH. La fascination des lecteurs pour les vampires est en réalité relativement tardive, par rapport à d’autres créatures surnaturelles. Le mot « vampire » n’a même jamais été utilisé dans la langue anglaise avant le début du XVIIIe siècle. Jadis les lecteurs étaient plus attirés par les fantômes, les monstres et les démons, ou par les créatures exotiques hybrides comme les dragons ou les basilics.