1er chapitre

Des traces de dorure qui brillaient sur le tranchant des pages du manuscrit attirèrent mon regard. Mais elles ne pouvaient être la source de la faible lueur irisée qui semblait s’évaporer d’entre les pages. Je clignai des yeux.
— Rien.

Je tirai précipitamment le manuscrit à moi, saisie d’un frisson à son contact. Sean n’avait pas lâché la fiche, qui sortit sans difficulté d’entre les pages. Je calai la pile de livres sous mon menton, prise à la gorge par une odeur âcre qui tranchait avec le parfum familier de cire et de crayons taillés qui baignait les lieux.
— Diana ? Çava ? s’inquiéta-t-il.
— Très bien. Juste un peu fatiguée, répondis-je en éloignant les livres de mon nez.
Je traversai rapidement la section XVe siècle et ses tables élisabéthaines usées et garnies d’étagères. Les fenêtres gothiques attiraient le regard vers les plafonds à caissons, où figuraient les armes de l’université, trois couronnes et un livre ouvert, soulignées de sa devise : Dieu est mon illumination.
Une universitaire américaine, Gillian Chamberlain, était la seule autre personne présente dans la salle en ce vendredi soir. Enseignant les lettres classiques à Bryn Mawr, elle passait son temps à scruter des fragments de papyrus protégés entre deux plaques de verre. Je passai rapidement en essayant de ne pas croiser son regard, mais le grincement du vieux parquet me trahit.
Un picotement me parcourut, comme chaque fois qu’une autre sorcière posait les yeux sur moi.
— Diana ? fit-elle dans la pénombre.
J’étouffai un soupir et m’immobilisai.
— Bonjour, Gillian.
Serrant sans raison jalousement mes manuscrits contre moi, je gardai mes distances en me tournant pour qu’elle ne puisse les voir.
— Que faites-vous pour Mabon ?
Gillian venait constamment me demander de passer du temps avec mes « soeurs » quand j’étais là. Les fêtes wiccanes de l’équinoxe d’automne approchant, elle redoublait d’efforts pour que je me joigne au coven d’Oxford.
— Je travaille, me hâtai-je de répondre.
— Il y a des sorciers et des sorcières très sympathiques là-bas, vous savez, observa-t-elle d’un ton pincé. Vous devriez vraiment vous joindre ànous lundi.
— Merci, je vais réfléchir, conclus-je en reprenant mon chemin vers Selden End, la vaste galerie ajoutéeau XVIIe qui coupait la salle. Mais ne comptez pas trop là-dessus, je suis sur le texte d’une conférence.